lundi 26 avril 2010

« Let’s talk about SEC, baby… »


Alors que la Securities and Exchange Commission (SEC) comptait regagner du crédit en s’attaquant à Goldman Sachs, voici l’organisme rattrapé par une histoire tout simplement ridicule.
Une inspection interne, menée par le gendarme des marchés américains, révèle que 33 de ses salariés ont consulté des images pornographiques depuis leurs ordinateurs professionnels, pendant leurs heures de travail et pour des visites atteignant jusqu’à 8 heures par jour.
Dans d’autres circonstances, l’affaire aurait amusé car l’information selon laquelle les régulateurs des marchés portaient plus d’intérêt aux positions prises par Sasha Grey qu’à celles prises par Bernard Madoff a quelque chose de caustique.
Cependant, dans un contexte de crise généralisée, cette affaire soulève une interrogation : quelle est le rôle de la hiérarchie dans les structures financières ?
Souvenons-nous, par exemple, du cas Kerviel dont les supérieurs avaient déclaré ne pas être au courant des agissements de leur subordonné… et il y a fort à parier Fabrice Tourre se trouvera aussi isolé…
Deux questions se posent donc :
- Le degré d’autonomie accordé aux cadres bancaires à partir d’un certain niveau n’est-il pas excessif ?
- Si une telle autonomie est nécessaire et efficace, quelle est alors la fonction de leurs supérieurs hiérarchiques ?
La réponse à ces questions est une première étape dans la reprise en main des banques.
Il y a aujourd’hui urgence car le discrédit est tel, à tous les niveaux (banques, régulateurs…), que les particuliers, inquiets, pourraient opter pour placer leur argent… sous l’oreiller.

dimanche 18 avril 2010

Mélanie Laurent, ambassadrice enthousiaste et nécessaire de la « Positive Attitude ».



Tout le monde se souvient avec un sourire de Jean-Pierre Raffarin – alors premier ministre –nous invitant à adopter la « Positive Attitude » alors chantée par l’éphémère Lorie. La société du « Care », nouveau refrain de Martine Aubry, ne semble clairement pas destinée à une adhésion plus massive…
Il est pourtant important de trouver des ressorts pour émerger de l’abîme dans laquelle nous plongent les difficultés auxquelles nous sommes confrontés mais aussi celles qui nous sont quotidiennement rapportées.
Un rapide tour d’horizon de la semaine qui prend fin illustre – malheureusement de façon non caricaturale – l’enfer que semble être notre société.
Une prise d’otage menée par un homme multirécidiviste souhaitant être transféré dans une prison proche du lieu de résidence de sa femme et de son nouveau-né [belle histoire entamée et consommée dans l’huis clos de la prison]. L’annonce de la révision de deux procès dans des affaires où l’ensemble des acteurs sont au moins aussi glauques que les faits jugés. Au-delà de ces cas, on découvre une nouvelle fois qu’il n’existe parfois aucun refuge pour échapper à cette violence. L’affaire des viols collectifs aux Ulis nous à (re-)plongé dans le quotidien inhumain d’une famille délaissée par les pouvoir publics et n’ayant plus d’autres alternatives que la fuite. Encore plus inquiétant – car insidieux – le témoignage, dans Libération, d’un « bon » père de famille condamné pour détention de millions d’images pédo-pornographiques souligne l’omniprésence de l’anormalité.
Dans un tel contexte, l'actualité internationale – pourtant dramatique –(deuil polonais, nuage islandais, irrégularités massives de Goldman Sachs…) a occupé une fonction de spectaculaire échappatoire.
C’est dans cette effroyable série que le Monde Magazine publie aujourd’hui une interview salvatrice de Mélanie Laurent.
Pourquoi « salvatrice » ? Tout simplement car pour la première fois en une semaine apparaissaient des termes que l’on pensait disparu de notre vocabulaire. Les mots « amour », « cohérence », « bien » « beau » sont ici prononcés avec une simplicité et une honnêteté telles qu’ils freinent notre chute dans l’inhumanité.
Loin d’être futile, il est heureux de voir des êtres aussi sains et naturels servir de modèle à une génération qui se développe dans un environnement aussi abîmé.
Merci Mélanie!

mardi 23 février 2010

"France Story"


A quelques jours d’intervalle, deux journalistes viennent de nous livrer les témoignages d’individus plongés dans une précarité abyssale.

Le premier est un article de Léa-Lisa Westerhoff qui a rencontré au Maroc trois jeunes adultes fraîchement expulsés de France ("Je ne comprends pas, ma vie est en France").
Ces témoignages permettent de sentir à quel point le terme "expulsion" est approprié.
Il ne s’agit nullement de "reconduite à la frontière". Le pays dans lequel sont débarqué ces trois jeunes leur est inconnu pour ne pas dire hostile.
Pour Hassan, Salima et Mohamed - tous arrivés en France il y a plus de 5 ans - il n’existe dans ce pays aucune équivalence au niveau des diplômes, pas d’emploi et dans les cas les plus extrêmes ni toit pour les abriter, ni famille pour les accueillir.
Il ne s’agit pas d’un "retour au pays" mais belle et bien d’un "(re)jet vers l’abîme".

Florence Aubenas, dans Le Quai de Ouistream, nous précipite dans le quotidien de salariés précaires.
Ici, les primes de 150 € sont des parachutes dorés, l’absence de télévision est un crève-cœur et l’ambition inavouable est d’atteindre le statu de caissière.
Au-delà de ces anecdotes, ce qui transperce, c’est le courage et la détermination de ces travailleurs précaires : tous semblent prêts à travailler pour des salaires inférieurs au SMIC, tous multiplient les trajets pour quelques heures de travail et tous vivent dans l’effroi de perdre les contrats d’intérim ou les allocations qu’ils peuvent encore obtenir.

La somme de ces visages et de ces histoires démonte de nombreux préjugés trop couramment véhiculés. Ces individus nous invitent à ne pas agir de façon empirique face à des problématiques complexes. Le devoir de nos élus est de chercher à trouver des solutions pour intégrer ces populations. Cette dynamique est essentielle pour la France : en se contentant de stigmatiser et d’observer, nous ressemblons trop à cette salariée d’une agence d’intérim qui, apeurée par sa propre impuissance, supplie Florence Aubenas de ne plus se présenter à son guichet…

dimanche 14 février 2010

Promesse 2.0


Jusqu’au sommet de Copenhague, les gouvernements mondiaux, conscients et victimes de leur perte d’emprise sur le cours des choses, organisaient à intervalle régulier des grands-messes lors desquelles ils optaient - au choix - pour des objectifs irréalistes ou cherchaient à s’attribuer a posteriori la paternité des modes de fonctionnement déjà adoptés par une partie de la société.
Suite à l’échec danois, il ne leurs reste même plus cette illusion.
Ce déclin contraint les multinationales - ensembles à la puissance sans égal, régulant la vie de millions de salariés et indifférents aux frontières politiques - de structurer la société qu’elles ont façonnée.

Cette implication a priori contre-nature est inévitable si elles souhaitent pérenniser leurs marchés et marges. Si elles acceptent ce rôle, leur partition se déclinera en deux actes.

Dans un premier temps, les entreprises devront se montrer infaillibles, aussi bien au niveau de leur production que de leur gestion interne. C’est d’ailleurs essentiellement au niveau de la gestion des ressources humaines que les multinationales devront se concentrer. L’émergence du web 2.0 permet désormais à tous les salariés de critiquer en temps réel leurs employeurs. Un stagiaire insatisfait pourra durablement ébranler l’image d’une marque auprès de son réseau social en publiant un statut cinglant.

En parallèle, afin de capitaliser sur ces comportements vertueux, les multinationales devront également prendre en charge l’éducation des consommateurs. Elles devront expliquer que les « surcoûts » s’expliquent par l’inclusion dans les échanges de la promesse que le bien-être du client et de sa descendance ne sera pas altéré par son acte d’achat.
L’aspect pédagogique est essentiel pour éviter un comportement schizophrène des consommateurs souvent à l’origine des maux qui les indignent.

jeudi 28 janvier 2010

Un Cerbère en mode alternatif



L’issue du procès Clearstream et les élections régionales sont l’occasion d’assister à la naissance d’un Cerbère dont l’ambition sera de bloquer à Nicolas Sarkozy et au Parti Socialiste l’accès à la fonction suprême en 2012.

Dominique de Villepin, Ségolène Royal et François Bayrou incarnent les 3 têtes de cet animal mythologique.
Ils joueront, dans les prochaines semaines, leurs survies politiques et ils pourront mesurer leurs capacités à peser entre une droite Sarkoziste et un PS cimenté par la peur d'un nouvel échec.
L’ancien chef du gouvernement est le premier à sortir de son épreuve, mais l'issue indolore de l’affaire Clearstream ne calmera-t-elle pas sa rancœur ?
Ségolène Royal et François Bayrou entrent à leur tour dans l’arène à l’occasion des régionales.
Le 21 mars prochain, ils seront fixés sur leurs avenirs : la première aura besoin d’un plébiscite pour sortir de l’indifférence dans laquelle elle s’enfonce. Le second devra obtenir des résultats significatifs et homogènes géographiquement pour crédibiliser son parti.

Même dans l’hypothèse où il parviendrait à se reprendre, enchaîné par sa posture de contestation perpétuelle et par son incapacité à fédérer autour d'un projet commun, le trio risque fort de ne résister ni à Psyché ni à Orphée.

mardi 26 janvier 2010

Coupe de France


Lundi 25 janvier, TF1 servait en « Prime Time » une originale rencontre de Coupe de France.
Une équipe de 11 amateurs, motivés mais sans génie, affrontaient un mastodonte, rodé aux joutes internationales.
L’Elysée FC jouait à l’extérieur mais ce handicap était compensé par un arbitrage largement en sa faveur. Pierre Le Ménahès, jusqu’alors le joueur local le plus incisif, fut expulsé sans ménagement pour son jeu un peu sec.
L’issue de la confrontation ne faisait guère de doute et, à l’exception de quelques menues frayeurs, l’équipe visiteuse s’en sortit sans heurt.
Cette rencontre distrayante mais trop inégale pour être intéressante ne sera malheureusement pas suivie d’un 2ème tour qui aurait opposé le vainqueur au Modem Athlétique ou à l’Olympique de Solferino.
Il s’agissait bien, en définitive, d’un match amical sans aucun enjeu.
« A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire »…

mercredi 16 décembre 2009

Colony Capital et Eurazeo séparent le bon grain de l’ivraie


La scission entre les pôles « Services » et « Hôtellerie » décidée hier par le conseil d’administration du groupe Accor marque une victoire éclatante pour les fonds Colony Capital et Eurazeo qui militaient depuis longtemps pour ce projet.
L’absence de synergie entre les métiers, des business-models et des ratios trop différents pour permettre une valorisation claire du groupe semblent leurs donner raison.
Leur objectif est limpide. En rendant chacune des entités OPAbles, ils ne pourront que tirer profit d’une vente à l’horizon 2012 (fin de leur engagement dans le capital des deux entités).
La limite de la logique est atteinte lorsque l’on s’attarde sur la distribution de dividendes exceptionnellement élevés lors des derniers exercices.
Ces rémunérations avaient pour but de fidéliser les actionnaires de la compagnie en les faisant profiter de la cession des murs de la branche hôtellerie.
Désormais délesté d’une partie de ses actifs, il ne fait aucun doute qu’Accor Hospitality entame une traversé du désert très délicate qui pourrait le mener en 2012 dans les bras d’un fond d’investissement souhaitant revendre les actifs immobiliers, mettre aux enchères les marques du groupe et solder l’aventure Accor.
Colony Capital et Eurazeo, après avoir absorbé ces dernières années les dividendes exceptionnels en vidant Accor Hospitality de ses actifs, séparent donc le bon grain de l’ivraie… au détriment des salariés de la branche hôtellerie et des actionnaires qui lui resteraient fidèles.